Macronisme

Macron humilie un enfant : un coup de com méprisable, un acte grave

La vidéo a déjà fait le tour du web français. Au début, on y a vu un "off", une sortie imprévue du Président de la République, une improvisation sur le respect de l'autorité devant un marmot un peu trop détendu. Mais ce coup de com se révèle aujourd'hui comme un choix méprisable et même un acte grave commis par le Chef de l'Etat.

L’événement a pris une ampleur nationale. D’abord du fait d’Emmanuel Macron lui-même, qui a diffusé la vidéo (tronquée) sur son compte officiel.

Le Président est donc fier de lui, fier de son coup de com. Il sait qu’il perd des points à droite : ce numéro d’autoritarisme pourra lui faire grappiller quelques voix dans l’électorat conservateur – celui qui avait adoré, il y a quelques années, la baffe inopinée administrée par François Bayrou à un gamin provocateur.

Que le Chef d’Etat de la cinquième puissance mondiale soit content d’avoir envoyé un uppercut au menton d’un collégien de 14 ans, au point de diffuser la séquence avec gourmandise sur les réseaux sociaux de l’Elysée, montre à quel genre de personne on a affaire. Un monarque imbu de lui-même au point d’oublier les conséquences – graves – que peut avoir ce choix.

La première des conséquences, c’est le torrent qui s’abat sur la vie de l’enfant en question. Diffusé par toutes les télés, relayé des milliers de fois sur les réseaux sociaux, sermonné à nouveau par le compte twitter présidentiel, l’adolescent serait, aujourd’hui, la cible d’un harcèlement général et de moqueries au point de l’obliger à s’isoler. Une chose est sûre, il est au cœur de l’attention de tout un pays. Macron ne pouvait ignorer qu’en assumant de faire de cet échange informel un gros coup de com, il courrait le risque de faire basculer la vie d’un jeune homme.

On sait la violence, pour une personne anonyme, d’être placée tout à coup dans l’œil du cyclone de l’actualité nationale sans n’avoir rien demandé. Comment le Président peut-il livrer cet adolescent à une telle curée ? C’est là un acte destructeur d’une extrême gravité, dont Emmanuel Macron devra rendre des comptes. C’est potentiellement la jeunesse entière du jeune homme qui peut être broyée par un telle décision, à un âge où la personnalité adulte se construit.

Utiliser l’image d’une personne mineure doit faire l’objet d’un consentement expresse de ses parents, et ce sans exception possible. Les services de la Présidence de la République ont-ils fait le nécessaire ? On peut en douter. Auquel cas ce méprisable du coup de com de Macron serait de plus entaché d’illégalité. Quelle belle leçon de morale que de piétiner les lois sur la protection des mineurs pour vanter le respect !

Tout ça pour quoi ? Y a-t-il eu insulte, geste déshonorant ? Nullement, alors qu’ils sont pourtant monnaie courante lors des déplacements de ce type. On se souvient de Nicolas Sarkozy qui avait fait coffrer un SDF qui l’avait injurié. On est loin ici de ce type de réaction. L’enfant se contente d’appeler le Président par son prénom – quel outrage ! Rappelons au passage qu’aucune norme juridique n’impose d’appeler Emmanuel Macron par son titre de Président de la République et que rien n’interdit de l’appeler Manu, qu’il le veuille ou non.

De plus, dès le premier temps de l’échange, le jeune homme en question s’excuse immédiatement de son comportement. Mais Macron a préféré couper cette séquence dans la vidéo qu’il a diffusé. Adroit recadrage pour mieux servir sa propagande…

Tout cela serait fait au nom du respect et du respect des règles. Mais c’est le même Macron qui s’était écrié, devant des étudiants américains à peine plus âgés que le gosse en question, que « toujours suivre les règles » était du « bullshit ». Pour Macron, toutes les règles ne se valent pas, et c’est lui qui a supprimé l’ISF et l’exit tax pour les millionnaires fraudeurs fiscaux, c’est lui qui a offert aux employeurs peu scrupuleux un « droit à l’erreur », ou aux startupeurs le droit de « déroger à un règlement ou une loi en place pour déployer un business model »…

Une fois de plus, Macron s’est montré fort avec un faible. Après une semaine où il a plié devant Trump et le ministre de l’intérieur italien, il s’est fait arrogant et cassant face à un enfant, au risque de le jeter en pâture à des millions de Français. Quelle petitesse.