Macronisme

Macron à Versailles, zéro pointé en économie

Nous avons eu droit, ce lundi au Congrès de Versailles convoqué par le monarque Emmanuel Macron, à un numéro d’économie politique démontrant la rare nullité du Chef de l’Etat dans cette matière.

Malgré sa grandiloquence et ses formules qu’il croit bien troussées, le Président n’a fait qu’enfiler les poncifs les plus éculés du néolibéralisme. Et ce discours de Versailles ne fut que la poussive récitation du « Que sais-je » du thatchérisme.

Les cadeaux fiscaux somptuaires de Macron à la classe des millionnaires et des grands patrons lui ont valu un surnom : celui de « Président des riches ». L’ancien banquier le sait : il est devenu très voyant qu’il remercie ses mandants, les donateurs qui ont financé sa campagne, à coup d’énormes chèques fiscaux qui creusent le déficit de l’Etat qu’il prétend combler en coupant les aides sociales aux plus modestes.

Aider les pauvres ? « Inefficace ! », hurle Macron. « Je veux une stratégie de lutte contre la pauvreté qui ne permette pas à nos concitoyens pauvres de vivre mieux, mais bien de sortir de la pauvreté une bonne fois pour toutes », a-t-il ainsi déclamé devant le Congrès. On connaît le sophisme macronien : 1) Les gens pauvres qui touchent des aides sociales n’arrivent pas à s’en sortir ; 2) Ça prouve que les aides sociales ne sont pas efficaces ; 3) Donc il faut les réduire. Et ainsi couper pour 7 milliards dans le budget de l’Etat social.

En la matière, le gouvernement s’est déjà servi à trois reprises dans les APL, ces aides au logement touchées par 6,5 millions de familles très modestes, dont les ressources sont, pour 80% d’entre elles, inférieures au SMIC. Des milliards d’euros de pouvoir d’achat en moins pour ceux qui en ont le plus besoin. De quoi « émanciper » les plus modestes, en effet !

« Si l’on veut partager le gâteau, la première condition est qu’il y ait un gâteau », a affirmé le président. « Et ce sont les entreprises, rassemblant actionnaires, dirigeants et travailleurs, ce sont les producteurs qui font ce gâteau, et personne d’autre. » Ici le mensonge réside dans le fait que le Président amalgame ceux qui créent les richesses, à savoir les salariés, avec ceux qui les prélèvent indument au détriment de l’investissement, à savoir les actionnaires. Le tout rassemblé sous le vocable unique « d’entreprise ».

Chacun le sait, et la privatisation du système ferroviaire anglais l’a prouvé, la privatisation d’une entreprise – et la nécessité pour elle de se financer sur les marchés via l’émission d’actions – augmente les coûts de gestion. C’est une règle basique de l’économie, que chacun peut vérifier dans la vie quotidienne : rajouter un intermédiaire, qu’il faut payer, alourdit le coût final. Avoir recours à des actionnaires pour financer une entreprise ajoute un coût exorbitant : une gestion court-termiste qui priorise le service des dividendes sur l’investissement pour améliorer le processus productif. Donc Macron ment pour justifier le versement de dividendes qui, en France, battent tous les records depuis quelques années : records en montant (54 milliards de dollars versés en France en 2016), mais aussi record par rapport aux autres pays d’Europe !

Le bonnet d’âne en économie se rapproche à grand pas pour Emmanuel Macron lorsqu’il ajoute qu’il est « mensonger de défendre les salariés, si l’on ne défend pas les entreprises » et qu’il est « impossible de prétendre distribuer, quand on ne produit pas assez ». On ne produit pas assez ? 93 milliards de profits pour le CAC-40 l’année passée. Un record absolu, là encore. Confisqué par une infime minorité, quand les conditions de travail des salariés du bas de l’échelle se durcissent mois après mois. Un exemple : Carrefour. 2400 licenciements cette année, après une année 2017 où l’entreprise a réalisé 88,24 milliards de chiffre d’affaires. Son ex-PDG empoche, lui, un bonus de près d’un million d’euros, et une retraite annuelle augmentée à 517 810 euros annuels. Le gâteau cuisiné par les salariés est englouti par l’ex-PDG. Chômage pour les premiers, mais golden parachute pour le premier de cordée.

Revenons à Macron : pour partager le gâteau, il faut d’abord le faire ! La belle affaire. Qu’un Chef d’Etat qui se prétend intellectuel et fin lettré ait recours à une métaphore aussi simpliste dit bien à quels détours les libéraux se sentent commis pour faire passer leur sinistre pédagogie. Car le plus drôle, c’est que cette affaire de gâteau n’est rien d’autre que la définition chimiquement pure de la fameuse « théorie du ruissellement ». Au nom de la « création de richesse » censée « profiter aux salariés », Macron justifie la suppression de l’ISF, celle de l’exit tax, ou la baisse drastique sur la fiscalité du capital. Autant de mesures qui n’auront rigoureusement aucun impact sur l’emploi et sur l’investissement, mais qui creuseront le manque à gagner du fisc avec pour seule conséquence de grossir les comptes en banque (délocalisés) des Français les plus fortunés.

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« Je ne crois pas à la théorie du ruissellement », prétendait Macron en avril 2018

Pourtant, Macron et ses supporters s’étaient bruyamment récriés lorsqu’on les avait accusés, à juste titre, de reprendre à leur compte cette pantalonnade qu’est la théorie du ruissellement. Ils ne pourront plus nier : l’évidence est là, elle sort de la bouche du Président lui-même. D’après lui, il faut que les riches soient plus riches pour que les plus modestes puissent s’en sortir. Qu’importe si cette fable produite par et pour les riches a été invalidée par d’innombrables études scientifiques : Macron a la formule magique pour justifier sa politique de saccage de l’Etat social au bénéfice des dominants.

Conséquence du fric-frac macroniste : ce sont les pauvres qui paient. D’où les joyeuses annonces qu’il nous réserve à nous, ceux des couches populaires et moyennes : plan de baisse des dépenses publiques (synonyme d’austérité, une politique qui a fait la démonstration universelle de sa nocivité économique absolue), et sanglante réforme des retraites.

En matière de guerre aux pauvres, les réformes sont appliquées avec une belle homogénéité partout sur la planète par les serviteurs zélés de la classe des millionnaires : Poutine, en Russie, vient d’annoncer une réforme des retraites qui repousse l’âge légal de départ à 65 ans pour les hommes, quand leur espérance de vie est de 67 ans et demi ! Notre tour viendra donc en 2019, grâce à Emmanuel Macron et à son discours économique digne d’un collégien fan de Trump.